Les citoyens le sentaient déjà en se rendant dans les marchés pour faire les courses, ou dam les stations d'essence pour faire le plein, mais c'est désormais le patron d'une institution nationale majeure qui vient de le confirmer: le gouverneur de Bank Al Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri a annoncé, mardi 22 mars 2022 à Rabat, que l'inflation au Maroc atteindra un record de 4.7% cette année, contre 1.4% seulement en 2021. C'est largement plus que les prévisions initiales établies il y a trois mois, qui annoncaient un taux d'inflation de 1.8%. Du jamais vu depuis des années, avance M. Jouahri, lors d'un point de presse à l'occasion de la première réunion trimestrielle de BAM de 2022.
Alors que le Royaume espérait prendre la voie de la reprise après deux ans de crise à cause de la pandémie du covid-19, notamment avec le retour de certaines activités comme le tourisme, l'invasion de l'Ukraine par la Russie et ses ses répercussions planétaires sont arrivées à point nommé pour balayer tous ces espoirs. « Le Conseil a relevé que l'inflation poursuit son accélération entamée en 2021, tirée par les pressions d'origine externe liées à la flambée des prix des produits énergétiques et alimentaires et la hausse de l'inflation chez les principaux partenaires économiques», explique la banque centrale [....].
Les ménages marocains n'ont alors qu'à bien se tenir d'autant que le patron de BAM a annoncé que le taux de croissance de l'économie marocaine ne dépassera pas 0,7% cette année, après un rebond de 7,3% en 2021. La vague de sécheresse inédite y est pour quelque chose. En effet, BAM prévoit une production céréalière autour de 25 millions de quintaux seulement, contre 103,2 millions de quintaux un an auparavant, ce qui entraînera le recul de la valeur ajoutée agricole de 19,8%. Mais BAM tient à préciser que ces prévisions ne prennent pas en considération les pluies assez importantes enregistrées durant la deuxième moitié du mois de mars, qui pourraient sauver les cultures printanières. Si ce scénario se produit, le taux de croissance pourrait osciller entre 2 et 2,5% en 2022, précise M. Jouahri. Le retour à une année agricole moyenne en 2023, avec 75 millions de quintaux de céréales. devrait permettre d'améliorer la valeur ajoutée agricole de 17%, faisant passer le taux de croissance à 4,6%, explique la banque centrale. Les activités non-agricoles devraient, quant à elles, consolider la croissance de leur valeur ajoutée à hauteur de 3% en 2022 et en 2023.
Autre indicateur en recul: les transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE) qui devraient atteindre 79,3 milliards de dirhams en 2022 selon les prévisions de BAM, contre le record historique de 93,3 milliards l'année précédente. Mais cela restera tout de même supérieur aux chiffres de 2020 (68,2 milliards). À cela s'ajoute l'aggravation du déficit du compte courant, qui passerait à 5,5% du PIB en 2022, contre 2,6% en 2021 avant de revenir à 3,7% en 2023. Cette situation est le fruit de la hausse de 14,9% des importations en 2022, tirée par la facture énergétique et l'acquisition des produits agricoles et alimentaires et des biens de consommation. En 2023, la hausse se limiterait à 1,1%, sous l'effet notamment de l'allègement prévu de la facture énergétique. Côté exportations, BAM table sur une augmentation de 12.5% en 2022, grâce notamment au secteur de l'automobile et des phosphates, puis de 3,4% en 2023.
Malgré ce climat économique généralement morose et son effet sur les caisses de l'État, M Jouahri écarte la possibilité de recourir à une Loi de finances rectificative. Le gouverneur the de BAM rejoint ainsi la position exprimée, mi-mars dernier, par le ministre délégué chargé du Budget, FouziLekjaa, qui a affirmé que le gouvernement a largement les moyens de faire face aux répercussions de la sécheresse et de la hausse des cours de l'énergie à l'international, avec les données contenues dans l'actuelle Loi de finances. anées contenues dans l'actuelle l
Mais la banque centrale a déjà d'autres pistes permettant de renflouer les caisses de l'État. Pour commencer, les financements innovants, dont la valeur devrait s'élever à 20 milliards de dirhams selon les prévisions de l'Exécutif, contre 12 milliards initialement prévus dans la Loi de finances, soit un surplus de 8 milliards. Second levier: les recettes de monopole, générées essentiellement par les résultats du Groupe OCP, permettront à l'État de dégager 4,5 milliards de dirhams supplémentaires. Le total de cette manne servira à financer la Caisse de compensation et les subventions en faveur du tourisme et du transport. La conjoncture économique très difficile pourrait même pousser le Maroc à recourir une nouvelle fois à la fameuse Ligne de précaution et de liquidité (LPL) auprès du Fonds monétaire international (FMI). La loi de finances de 2022 prévoit d'ailleurs la possibilité que le Maroc effectue une sortie sur le marché international à hauteur de 40 milliards de dirhams. « Le Trésor doit analyser la situation du marché, tant bien au niveau des taux que du timing, avant d'effectuer une sortie », martèle le patron de BAM.